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Naturel et pas bio? Pourquoi nous ne voulons pas de label.

Publié le : 29/09/2018 14:20:18
Catégories : Beauté

Naturel et pas bio? Pourquoi nous ne voulons pas de label.

Tout a commencé par une anecdote à propos d'un dentifrice.

Il y a plusieurs mois, en jeune savonnière pleine d'espoir, je décide de prospecter localement et de contacter les boutiques et magasins bios de ma région -le Vaucluse donc- afin de présenter notre gamme de savons chéris. Le gérant de l'un d'entre eux me répond qu'il est naturellement très intéressé par la saponification à froid, mais que sa boutique est spécialisée dans les produits bios, et me demande si c'est le cas de mes produits. Je lui explique que, bien que près de la moitié de nos matières premières soient biologiques, nous avons fait le choix de travailler avec de petits producteurs de la région (que je l'invite à aller les voir, car ils sont tout près de chez nous -quelle boutique peut-elle prétendre connaître personnellement ses fournisseurs de nos jours svp?-) qui n'ont pas forcément la possibilité de faire passer leur exploitation en bio; de ce fait, la plus grande partie de nos formulations ne sont pas bio mais proviennent d'ingrédients locaux. Je pensais que cette explication de bon sens suffirait à rassurer cette personne. Savez-vous ce qui m'a été répondu? "Le bio est plus important que le local."

Je n'ai pas cherché à entamer une discussion autour de ma conception de l'écologie, qui voudrait que le local sans label mais de confiance, soit plus cohérent qu'un label bio sur un produit qui vient de loin. Que l'on me dise qu'un produit bio ET local soit plus important qu'un local sans bio, je peux l'entendre. Mais le principe même de l'écologie repose sur le critère du localisme -à condition que la pratique agricole soit raisonnée et ne fasse pas usage de produits chimique évidemment- aussi quel sens a l'écologie quand on fait venir des produits bios d'Argentine ou du Vietnam?

L'aventure n'en est pas restée là, puisque quelques mois plus tard, ma soeur se rend tout par hasard dans la même boutique, dans laquelle elle achète du dentifrice pour sa fille. En regardant la composition, première surprise: Le produit contient 30% d'ingrédients biologiques. Deuxième surprise: Il est labellisé bio. D'où le fait qu'il soit distribué dans cette boutique.

Sur quelle logique est fondée le "bio", si un produit qui contient 30% d'ingrédients biologique avec un label est "agrée" dans une boutique spécialisée, alors qu'un autre qui, en proportions, contient non seulement plus d'ingrédients biologique mais dont le reste des ingrédients sont EN PLUS locaux en est exclue?

Eh bien la logique est fondée sur l'obtention ou non du label, et plus précisément, dans quelle mesure un produit remplit ou non  les critères d'une charte d'un label. Naturellement, n'importe quel label peut décider de sa charte, chacun peut avoir des niveaux d'exigence différents, car en cosmétique, il n'existe pas de label d'état (comme en alimentaire avec le label AB) qui fait norme. Dans le cas de notre dentifrice, 30% d'ingrédients biologiques étaient suffisant afin de remplir les conditions d'obtention de label bio, ce qui lui a donc permis d'être commercialisé dans un magasin spécialisé.

Mais il ne suffit pas de correspondre aux critères de la charte du label. Un label n'est pas gratuit. En fonction de l'importance de la gamme, faire labelliser des produits peut coûter jusqu'à plusieurs milliers d'euros par an à une marque de cosmétiques. Ce qui sera une goutte d'eau pour une multinationale, représentera un véritable sacrifice pour une PME.

Et au final, nos produits sont-ils moins qualitatifs?

Quelle différence entre ce dentifrice et nos savons?

Eh bien la marque de dentifrice a choisi le payer pour le label.

Mais, me direz-vous, il est certain que la présence rassurante du label sur un produit incite à la confiance des consommateurs. Qui ne s'est pas réjouit de l'arrivée de produits cosmétiques bios dans les grandes surfaces, plus abordables que ceux des magasins spécialisés? Bien sûr, mais que se cache t-il derrière un label? Comprenez bien que je ne suis pas en train de jeter la pierre aux organismes sérieux qui sont exigeants et engagés dans une vraie bataille pour des produits plus sains. Mais ne faut-il pas reconnaître que la présence de ce que les consommateurs, en tombant dans le piège du greenwashing, identifient à un "label bio" ou une mention "écologique" ou pastille "verte", a un peu contribué à décomplexer notre frénésie consommatrice, et même à nous déresponsabiliser? Une vraie démarche écologique voudrait plutôt que l'on apprenne à lire une étiquette et à décortiquer les ingrédients d'une liste ou que l'on se renseigne sur les labels vraiment exigeants auxquels se fier. C'est un peu de travail, mais qui a pour avantage de nous rendre indépendants et imperméables au greenwashing. Et si vous n'avez définitivement pas envie de vous y mettre, beaucoup de blogueuses produisent aujourd'hui sur Internet un travail critique de qualité auquel vous pouvez vous fier.

Un label bio, c'est un outil qui offre une certaine garantie qualitative au consommateur: "Vous pouvez avoir confiance, nous avons examiné ce produit et il n'est pas mauvais pour votre corps, ni pour la planète, et il est éthiquement irréprochable". De fait, les structures qui ne possèdent pas de label doivent-elles être catégorisées du côté obscur de la force?

Sommes-nous donc entrés dans un monde où la tromperie, la malhonnêteté et l'artificiel -quand il n'est pas carrément dangereux- font office de normes, tandis que les personnes volontaires, passionnées, créatives et amoureuses de leur savoir-faire sont sensées s'acquitter d'une "taxe" pour prouver leur bonne foi? Pourquoi serions-nous contraint à cette concession face aux permanents organisateurs de désastres sanitaires ou écologiques, toujours responsables et jamais punis? Jusqu'où faudra t-il aller lorsque le greenwashing se répandra encore plus loin? Et au-delà, comment lutter lorsque des labels aux critères exigeants sont mis en concurrence, au nom du principe d'équivalence, avec des labels moins regardants?

Je ne suis pas sûre que répondre à une charte par une autre charte rende la grille de lecture des consommateurs plus lisible. Une réglementation à outrance ne devrait pas se substituer à notre bon sens et à notre esprit critique.

Je ne céderai pas à ce chantage incohérent qui conduit à une impasse. Que ceux qui nous aiment nous suivent!

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